Entre 2004 et 2009, un fan de Pif Gadget de la première heure, Philippe Baumet, se voit confier la conception et la fabrication de ses gadgets pour sa dernière ( ?) relance. Il nous livre ici son témoignage – et la liste de ses gadgets préférés de tout temps !

1. la lunette astronomique
(n°416 de 1977)

Si ce gadget se retrouve en tête de ce classement, c’est parce qu’il est unique en son genre et démontre qu’il est possible de proposer un gadget de très grande qualité dans un magazine pour enfants. Celui-ci a été proposé aux lecteurs de 1977 à l’occasion d’un changement de formule de l’hebdomadaire. Régulièrement, la rédaction proposait des nouvelles formules pour mieux coller aux goûts des jeunes lecteurs. Un moyen qui permettait évidemment de relancer les ventes.
Le gadget servait de moteur pour les ventes et ces nouvelles formules étaient souvent accompagnées de gadgets plus étonnants les uns que les autres. La lunette astronomique inaugurait un nouveau format pour le magazine et pour la première fois, il était imprimé sur du papier glacé. Le prix au numéro augmentait par la même occasion, la présence de ce magnifique gadget aidant à mieux faire accepter cette augmentation.
Ce gadget reste unique car, une fois monté, il était impressionnant (il mesurait une soixantaine de centimètres) et il n’a jamais été réédité sous cette forme car son coût de fabrication demeurait très élevé. Cette lunette permettait d’observer les astres comme la lune avec un grossissement qui restait modeste mais suffisant pour les enfants que nous étions.

2. les pois sauteurs
(n°137 de 1971, puis plusieurs autres numéros)

Les Pois Sauteurs sont arrivés en fanfare en 1971 dans Pif-Gadget et restent encore aujourd’hui totalement associés au magazine ; qui n’a jamais vu ces étranges pois chiches faire, d’eux-mêmes, des bonds de quelques centimètres… Ces curiosités de la nature sont le résultat d’une suite d’événements naturels qui amène des papillons à pondre dans les fleurs d’un arbre spécifique au fond d’une vallée mexicaine bien précise. En effet, ces pois sauteurs ne peuvent se trouver et se récolter que dans un seul endroit dans le monde, dans une région particulière, avec une certaine variété d’arbre. Lorsque que le fruit de cet arbre se développe, les larves de papillon se retrouvent ainsi protégées par la coque du fruit ; une sorte de pois. La larve se prépare alors à devenir un papillon et se constitue un cocon à l’intérieur du pois. Pour cela, il s’opère des mouvements à l’intérieur du pois qui provoquent ces bonds. Certains pois alertes peuvent faire des bonds de plusieurs centimètres. Il faut les chauffer dans le creux de sa main pour les «réveiller», la chaleur les incitant à accélérer leur travail. Cela s’explique par le fait que c’est au printemps, avec les premières chaleurs, que les papillons sortent de leur cocon. Lorsque ces papillons sont prêts à sortir, ils opèrent un trou parfaitement régulier dans la coque et prennent alors leur envol.
La rédaction de Pif-Gadget avait personnalisé ces pois sauteurs en les nommant les « Pifitos ». C’était la première fois qu’un magazine proposait en cadeau du vivant qui «bouge ». Judicieusement, le service « Gadget » du magazine mettait en avant ces pois sauteurs dans des boîtes transparentes afin que les enfants découvrent chez leur marchand de journaux ces drôles de pois qui bougent tout seul. Certains marchands de journaux se souviennent encore du bruit infernal de ces Pois dans leur boîte… Ce fut un événement dans la presse et les résultats de vente dépassèrent les plus optimistes prévisions : 1 million d’exemplaires furent distribués en l’espace d’une semaine à la rentrée de 1971, il y a de cela quarante ans.

3. la véritable horloge
(n°367 de 1976)

Autre gadget unique parce que jamais réédité, la « véritable horloge » demeure un des plus impressionnants des gadgets de Pif. Ce gadget aux allures de coucou suisse permettait, moyennant une sérieuse patience dans le montage, de se constituer une horloge fonctionnelle qui utilisait des contrepoids pour fonctionner. Cet exploit illustre la capacité du service de conception des gadgets de l’époque à reproduire le fonctionnement d’un appareil impossible à mettre dans un magazine en guise de cadeau. Le « véritable appareil-photo » fonctionnel proposé plusieurs fois dans Pif-Gadget en était aussi une illustration.

4. un véritable sous-marin
(n°161 de 1972, puis n°366 de 1976)

Ce gadget utilisait le principe d’Archimède, ici appliqué à un petit jouet destiné à être mis dans un grand récipient rempli d’eau. Un sous-marin avait été reproduit en plastique, et des pastilles étaient distribuées avec en guise de carburant (la première version de ce gadget utilisait une poudre fournie dans un sachet). Ces pastilles dégageaient du gaz carbonique lorsqu’elles étaient humectées à l’aide d’une goutte d’eau. Le gaz faisait alors remonter le sous-marin. Puis il redescendait, donnant ainsi l’impression d’un engin amphibie qui faisait des immersions et des remontées à la surface comme un véritable sous-marin.

5. le microscope
(n°240 de 1973)

Autre gadget reproduisant un objet impressionnant : un microscope. Ce petit modèle-à-monter utilisait un jeu de lentilles dont un soin tout particulier avait été apporté à leur fabrication. Il permettait ainsi un grossissement satisfaisant et suffisant pour observer une plume, un insecte, un bout de laine… L’infiniment petit devenait à la portée des lecteurs, dont probablement peu d’entre eux avaient déjà eu l’occasion d’approcher un véritable microscope. En 1973, la parution de ce gadget avait été suivie la semaine suivante par un autre gadget très étonnant qui s’insérait dans la logique du microscope : les Artémias Salinas.

6. les artemias salinas
(n°60 de 1970, puis n°241 de 1973 et plein d’autres fois)

Ce gadget est assimilé à du vivant car il s’agit d’oeufs séchés (ou plutôt de cystes) d’une sorte de petits crustacés. Distribués dans un sachet hermétique, ces tout petits œufs étaient mélangés à du sel. Le lecteur devait vider le contenu du sachet dans de l’eau minérale et attendre quelque 24 heures avant de voir bouger quelque chose.
En effet, ces cystes étaient la conséquence d’une déshydratation, et le fait de les réhydrater leur permettait de reprendre leur développement embryonnaire. Ces Artémias, baptisés pour l’occasion des « Pifises », pouvaient atteindre un ou deux centimètre en quelques semaines.
Cette résurrection inspira la rédaction du magazine et broda toute une légende sur cette soi-disante résurrection des « Pifises », des œufs devenus pour l’occasion « préhistoriques ». Ce gadget fut plusieurs fois proposé entre 1970 et 1994 tant le succès était à chaque fois au rendez-vous. Tout comme les pois sauteurs, ce gadget immortalisé par Pif-Gadget demeure encore associé au titre. Ce n’est pas par hasard que la nouvelle formule de Pif-Gadget, celle de 2004, utilisa ce gadget pour la sortie événement du premier numéro.

7. la machine à faire des œufs carrés
(n°481 de 1978)

Moins sérieusement, mais de manière malgré tout aussi instructive, la « machine à faire des oeufs carrés » (on devrait plus justement dire «cubiques») fut un gadget emblématique de Pif-Gadget. Loin de la polémique de qui de l’oeuf ou de la poule, ce gadget démontrait de manière amusante que, oui, un œuf pouvait devenir carré… Évidemment, il fallait tricher un peu et faire cuire l’œuf en ayant au préalable ôté le coquille. Mais une fois passé dans cette drôle de machine, l’œuf prenait une forme cubique de manière définitive à la grande joie des enfants qui pouvaient épater leurs parents et déguster un œuf dur, dont le jaune lui-même, était devenu carré… Ce gadget eut un réel succès et, cinqannées plus tard en 1983, Pierre Richard lui-même prêta son image pour la couverture du numéro 725.

8. le cosmophone
(n°498 de 1978)

Le «Cosmophone» fait partie de ces rares gadgets sonores qui ont été distribués en cadeau dans l’hebdomadaire. Ce dernier était principalement constitué d’un véritable disque vinyle 33 tours en plastique souple (de petite taille) dont l’enregistrement et le pressage avaient été spécialement conçus pour le journal. Comme cela ne suffisait pas, il était accompagné d’un  tourne-disque sommaire fait de carton et équipé d’une pointe pour lire le disque. La difficulté pour le faire fonctionner résidait dans le fait qu’il fallait tourner manuellement ce disque avec le doigt. Cet handicap du gadget était astucieusement utilisé comme jeu ; il fallait reconnaître les cinq voix des personnalités de la TV, du cinéma ou de la chanson qui s’étaient prêtées au jeu.
Les plus malins utilisèrent leur tourne-disque habituel pour écouter de manière confortable ce disque, mais le gadget n’y perdait pas son charme pour autant et demeure un autre bon exemple des grands gadgets ludo-éducatifs de Pif-Gadget.

9. le four solaire
(n°496 de 1978)

Le problème d’un gadget demeure souvent dans l’impossibilité économique de fournir une énergie suffisante pour imaginer des applications illimitées ; impossible dans un tel budget de proposer des piles par exemple. Or, en utilisant l’énergie solaire, cette contrainte disparaît ; le soleil est accessible à tous. Un four solaire fut proposé dans le cadre d’une campagne de gadgets extraordinaires. L’objet était constitué d’un miroir concave qui réfléchissait les rayons du soleil en un point précis où se trouvait un petit godet en métal qui permettait de faire cuire de petits aliments. Ce gadget fut l’occasion pour la rédaction de traiter, dans le magazine, des dossiers sur l’énergie solaire et ses développements futurs.
Ce numéro comporte un invité de marque (et pour le moins inattendu) en la personne du dessinateur Reiser qui dessina deux planches inédites pour expliquer ce qu’est le solaire.

10. le jardin fantastique
(n°109 de 1971)

Ce gadget s’intégre dans une volonté de la rédaction du magazine de proposer des gadgets «vivants». Les graines de plantes merveilleuses furent fréquemment offertes en cadeau, ce fut le cas dès le 6ème numéro en 1969 avec une carte sur laquelle étaient collées des graines qu’il fallait planter dans un pot de fleur.
En 1971, le jardin fantastique proposa des graines de Mimosa Pudica, cette plante sensitive a la particularité de se recroqueviller sur elle-même quand on approche la main. Elle permit à de nombreux lecteurs de découvrir ces curiosités de la nature, faisant parfois naître des passions.
D’autres gadgets végétaux ont été proposés dans Pif-Gadget, citons notamment le fameux sapin à planter (pousse de sapin), une cacahuète à planter, des feuilles qui se multiplient, une pousse de bambou à planter, des graines de soja… Et tant d’autres…

À ce palmarès, il faudrait pouvoir y ajouter un gadget de magie. Pif-Gadget faisait intervenir des magiciens de renommée pour mettre en scène ces gadgets de belle façon.
Parmi la longue liste des gadgets de magie, citons la soucoupe (qui faisait apparaître des pièces de monnaie), la guillotine à doigt (la guillotine coupait un chewing-gum mais pas le doigt), «l’homme coupé en deux»… Il s’agissait généralement d’adaptation de célèbres tours de magiciens. Il n’est pas concevable non plus de laisser de coté les gadgets dits de «farces et attrapes» qui ont connu de beaux jours dans l’hebdomadaire, que ce soit les gadgets qui projettent de l’eau, les gadgets qui servent à se déguiser (dents de vampire, fausses oreilles, masques…) ou autres gadgets qui vous jaillissent au visage, tous ces petits cadeaux n’avaient qu’un but ; divertir le lecteur et lui permettre de jouer des tours à son entourage.

Par Philippe Baumet


Article paru dans Schnock n°1

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Schnock n°1 – Jean-Pierre Marielle

« Le travail ? Non merci. »

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