Ignoré par la Nouvelle Vague, Jean-Pierre-Marielle devra attendre les années 90 pour obtenir la «carte» (comme le disait son pote Noiret) au sein du cinéma français. Pourtant sa filmographie 70’s regorge de perles oubliées, sous-estimées voire injustement vilipendées. Des films où il dit «Mon vieux» toutes les 2 minutes et «Nom de dieu», 10 secondes plus tard…

Sex Shop
(Claude Berri, 1972)

En pleine post-libération sexuelle, alors que nos parents portent des gilets en peau de mouton et lisent Le singe nu de Desmond Morris, Claude Berri sort ce film inclassable, à la fois auteurisant et fendard. Scénariste et réalisteur, Berri tient aussi le premier rôle, celui d’un jeune libraire qui décide de transformer sa boutique, qui ne marche plus, en sex-shop. Un changement de vie qui va pour le moins élargir son champ d’investigation sexuelle. De rat de bibliothèque, Berri se transforme en pervers polymorphe bouffant à tous les râteliers sans avoir l’air d’y toucher. Son principal mentor en stupre, un certain Lucien, dentiste queutard à la bonne franquette, n’est autre que Marielle, absolument parfait en partouzard prosélyte. « Mon cher Claude, j’ai deux passions dans la vie, la sexualité de groupe et les maisons normandes », professe-t-il entre autre. Rien que pour ça…

La Valise
(Georges Lautner, 1973)

Sur le papier ça donne envie, mais dans les faits cette comédie barbouzarde ayant pour toile de fond le conflit israélo-arabe pédale très vite dans la semoule : Michel Constantin joue comme si il avait oublié un rôti dans le four, Francis Veber donne l’impression d’avoir écrit le scénario entre les parois de la faïence et le sèche-mains, Lautner semble très préoccupé par sa soirée diapo en rentrant à Paris et Jean Lefebvre, grand touriste devant l’éternel, passe prendre un calva pour la route… Reste Marielle, imperturbable, quoique peu crédible dans le rôle d’un agent du Mossad (mais à ce niveau-là il est clair que plus personne n’en a rien à foutre) et Mireille Darc, en service commandé, c’est le cas de le dire, mais belle comme Jérusalem (pour rester poli). Mais loin d‘être un navet, La Valise n’est qu’un film raté. Nuance.

Dupont Lajoie
(Yves Boisset, 1974)

Ca part comme une comédie beauf du meilleur tonneau. Et pour cause : imaginez Carmet, Lanoux, Marielle, Villeret… dans un camping du midi. Pétanque, pastis, pinard, sifflard, bob, blagues bien grasses, regards luisant sur le cul des jeunes filles, invectives contre les « bicots », tout y est. Jusqu’au moment où Georges Lajoie (Carmet), cafetier parisien peut être un peu plus imbibé que les autres, craque et viole la fille d’un des vacanciers (très belle Isabelle Huppert) avant de la tuer par accident. Ne perdant pas tout ses moyens, Lajoie a l’idée de désigner des travailleurs maghrébins résidant dans un bidonville proche du camping. Le racisme latent du groupe d’amis fera le reste, menant à une ratonnade en règle. Une chronique de la lâcheté, de la bêtise et de la haine ordinaire sans équivalent dans le cinéma français.

Les Galettes de Pont-Aven
(Joël Seria, 1975)

Pierre angulaire de l‘œuvre de Seria, les Galettes sont un monument. Marielle n’a peut être jamais été aussi bon que dans ce rôle de représentant en parapluies érotomane et à la dérive. Du sur mesure. Emprisonné dans une vie plan plan, marié à une femme qu’il ne touche plus, père de deux enfants qui le méprisent, Henri Serin décide sur un coup de tête de commencer à vivre. Deux passions complémentaires le mèneront, la peinture et les femmes. Et notamment leur cul. Les dialogues (cf notre article « Les Perles de Pont-Aven ») aussi salés que poétiques, sont inoubliables. Et personne, jamais, ne portera aussi bien le marcel que Jean-Pierre.

La Traque
(Serge Leroy, 1975)

Un peu oublié, ce « survival » à la française mérite d’être exhumé des cartons. L’histoire en deux mots : un groupe d’amis, notables de province, se retrouve comme chaque dimanche pour chasser. Au cours de la journée, deux des membres, des frères ferrailleurs (Philippe Léotard en abruti manipulable et Marielle en sublime ordure) tombent sur une jeune anglaise habitant dans le coin qu’ils gratifient de quelques allusions salaces avant de la violer. Par peur d’un scandale qui écornerait la respectabilité de chacun, le groupe se transforme en meute et traque impitoyablement la jeune femme pour la mettre à mort. Peinture de mœurs ultra-corrosive d’une bourgeoisie provinciale aussi veule que rance, évoquant Chabrol bien sûr mais aussi le Renoir de La règle du jeu, La Traque ne s’oublie pas.

On aura tout vu
(Georges Lautner, 1976)

Cet épisode peut être moins connu que les autres des aventures de François Perrin (scénario Francis Veber) vaut pourtant son pesant de cacahuètes. Pierre Richard, photographe publicitaire idéaliste, veut réaliser un film poétique, aérien, subtil… Il finit par trouver un producteur intéressé, mais ce dernier (Marielle, mythique en margoulin pornographe) utilise sans vergogne (et sans lui dire) son histoire pour en faire le plus miteux des films de cul. Un film trouvant son origine dans l’atterrement de Veber face au déferlement du porno à l’époque et qui, avec ses quiproquos en cascade, ses jeux de mots graveleux et un casting donnant l’eau à la bouche (Jugnot, Michel Blanc, Miou Miou, Guybet, Azéma…) réussit parfaitement le job.

Calmos
( Bertrand Blier, 1976)

Introuvable, culte, hilarant parfois, navrant aussi, flirtant très dangereusement avec le nanar le plus éhonté, Calmos est une expérience border line. Le pitch ? Deux hommes fatigués des bonnes femmes, Rochefort et Marielle, abandonnent tout pour aller se la couler douce au grand air. Ils font la connaissance d’un curé obsédé par la bouffe (Bernard Blier) et développe eux même une addiction à la blanquette et au pot au feu. Leur exemple de vie loin des aléas vaginaux va finir par inspirer des milliers d’autres hommes. S’en suivra une véritable guerre des sexes menée par des amazones hystéros, le kidnapping de nos héros pour être utilisé comme des cobayes à plaisir, et pour finir une expédition dans une vulve géante. Du grand n’importe quoi, comme seules les années 70 (Touche pas à la femme blanche, La cité des femmes…) ont su en produire.

Un moment d’égarement
(Claude Berri, 1977)

Jacques et Pierre (Lanoux et Marielle), deux copains quarantenaires, partent en vacances dans le sud avec leurs filles respectives. Celle de Jacques (Agnés Soral), mi-garce mi-ingénue, va peu à peu séduire Pierre, qui craquera lors d’une très belle scène sur la plage, illuminée par un feu d’artifice de 14 juillet, et durant laquelle l’on ressent physiquement le glissement, les interdits moraux fondant comme neige au soleil dans la moiteur capiteuse de l’été. La réaction de Lanoux sera bien sûr à la hauteur de son personnage de beauf viril et bougon. La défense de Marielle, hédoniste déboussolé se retrouvant amoureux de la fille de son meilleur pote, un régal. Une comédie de mœurs simple, juste et attachante comme le cinéma français savait alors en faire.

Comme la lune
( Joel Seria, 1977)

Comme la lune est un peu aux Galettes de Pont-Aven ce que Good Old Boys fut à Sail Away chez Randy Newman… Une extension caricaturale. Une séquelle dépressive et, donc, grossière. Ici Marielle ne joue plus le « beauf magnifique », mais bel et bien un beauf tout court. Lui et Seria ne prennent plus de pincettes pour dépeindre sa misogynie crasse. Rehaussé de sa casquette à pompon, sportivore, raciste et bêta : le portrait du personnage principal est d’une cruauté insensée. Reste Sophie Daumier, rare lueur du film. Son jeu (?) azimuté, ses expressions inquiétantes, son côté « France Gall » hardcore ne lasse pas de nous fasciner. C’est elle la STAR du film. On en fait plus des comme ça…

L’Entourloupe
(Gérard Pirès, 1980)

De minables VRP arpentent la France profonde et refourguent des encyclopédies ruineuses à des paysans illettrés et sans le sou. Un presque chef-d’œuvre oublié mené par un triumvirat implacable de roublardise franchouillarde (Lanvin et Dutronc en crétins notoires assistent un Marielle IMPERIAL, sans doute dans l’un de ses plus grands rôles), des acteurs-figurants 100% pur-in, des dialogues impitoyables d’Audiard (qui entre ici dans sa phase finale, cruelle et mortifère, célinienne en diable) et une réalisation brillante du très sous-estimé Gérard Pirès (filmo 70’s à réévaluer presto). Avant que Les Bronzés ne discréditent définitivement le populo à l’écran et que Les Portes De La Gloire ne recyclent, brillamment, l’idée, 20 ans plus tard, avec Poelvoerde en bonimenteur 2.0. Mériterait autant la multidiffusion sur Direct 8 que, disons, L’Héritier.

Par Sébastien Bardos et Christophe Ernault


Article paru dans Schnock n°1

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Schnock n°1 – Jean-Pierre Marielle

« Le travail ? Non merci. »

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