1.Tuc

Inventé en 1958, le Tuc ressemble un peu à la 5ème république. Il y en a toujours au fond du placard mais le paquet étant resté ouvert, c’est tout mou. Le scénario est connu des sociologues : à l’heure de l’apéro, la maîtresse de maison dispose les Tucs à côté des chips et des cacahuètes, les convives les plus inconscients (souvent dépressifs) en prennent une bouchée, sourient poliment à la maîtresse de maison, reposent l’objet et ne le retouchent plus jamais de la soirée. Equivalent biscuit du Porto (ils passent d’ailleurs une partie de leur vie ensemble dans le noir du meuble télévision).

2.Thé Brun

Un déambulateur, le cul de l’infirmière, un Thé Brun, je vais bien…

3.Bastogne

Depuis toujours le Bastogne respire les soins dentaires. Avec la chute de la prise en charge de ceux-ci, son temps se retrouve malheureusement compté dans les nouvelles générations. Pourtant c’est un chef d’œuvre de biscuit politiquement incorrect. Un scandale calorique ET tactile, avec cette impression unique de croquer dans un mortier de sucre. Denticide, voilà le terme que je cherchais…

4.Figolu

Dans les couches les plus obscures de la société française, se cache une confrérie étrange, rare, dont les membres, à tout âge, au moment du goûter, entouré de leurs amis, sortent de leurs sacs des Figolus. Soudain l’excitation collective habituelle entourant ce genre d’événements retombe irrémédiablement à l’écoute de cette seule question « Quelqu’un veut des Figolus ? ». Dès lors, les visages se tournent, les regards fuient, les raclements de gorge se multiplient… Les membres de la confrérie dirigent alors le biscuit dans leurs bouches dans un silence de pierre tombale. Ils viennent de perdre leurs amis.

5.Paille d’or

Dessinée par Louis Lefevre-Utile lui-même, cette création originale entre cependant dans la catégorie « biscuits qui ne servent à rien ». Favori des fillettes anorexiques de la jeunesse dorée, il n’a jamais réussi à convaincre les classes moyennes et les gros (qui sont obligés d’en manger par 10 pour calmer leur appétit). L’invention du biscuit-marketing.

6.Boudoirs Brossard

Brossard n’a pas inventé les Boudoirs mais en propose la version la plus équanime du marché. Neutre, généreux, festif, le boudoir à la côte chez les vieux… Pourquoi ? Parce qu’il est fripé. Comme eux.

7.Cigarettes russes Delacre

Les biscuits Delacre ont toujours occupé une place à part dans notre cœur. Refus du fun, mépris de la jeunesse (même quand ils lancent le « Délichoc«, bien trop exigeant pour cette cible, surtout au chocolat noir), packaging « soirée de l’ambassadeur », rareté supermarchielle… Leur principal fait d’armes reste les Cigarettes Russes, adaptation certes d’une recette séculaire, mais un basic indispensable à toute réception petite-bourgeoise qui se respecte.

8.Sprits

L’anti- »Paille d’or ». Pas de goût, pas de look, pas de storytelling authentok. Le Sprits est profondément protestant, geek. Il est son propre dieu. L’équivalent croustillant de la saucisse Knacki à même le paquet.

9.Pim’s

Très 70’s, le Pim’s ressemble à une révolution agroalimentaire. Il l’est sur le papier avec sa superposition de textures (3 différentes) et de goûts antinomiques (l’orange et le chocolat font rarement bon ménage). Dans la bouche pourtant ça devient un peu un coup d’état foireux. La révolution de palet n’aura donc pas lieu. Pour pervers polymorphes uniquement.

10.Speculos Lotus

Ce biscuit belge parfumé à la cannelle rentre dans le groupe très select des « biscuits qui font pitié ». Et le nom fait peur aussi (spéculum ?).

11.Galettes Saint-Michel

Du sel et du beurre. Beaucoup. Le diptyque normand réduit à quelques centimètres carré comestibles ? Non. Car les dites galettes ne viennent pas du Mont bidule, elles viennent de Loire-Atlantique, et plus précisément de la commune de Saint-Michel-Chef-Chef. Casés, boulés, les normands !

12.Les Petits Bruns

Personne n’a jamais vraiment compris la différence entre les Petits Bruns et Les Petits Beurres. Comme les Babybel rouge et orange. Comme Dingo et Goofy. Il semblerait que cela soit la margarine utilisée à la place du beurre qui caractérisent les Petits Bruns, mais ne les empêche malheureusement pas d’être un non-événement alimentaire célébré depuis des décennies par des irresponsables. PS : Dingo et Goofy ce sont les mêmes. Les Babybel rouge et orange, on sait toujours pas.

13.Palmito

Il y a pire que le Palmito (ergonomie hasardeuse, feuilletage peu lisible et dégustation compliquée, due à la présence de sucre-sirop sur les rebords) : c’est le Palmito fait maison… Un massacre interdit depuis le 11 septembre 2001(CIA ?).

14.Barquette Lu

Aussi consistantes que les « Pailles d’or », elles permettaient dès le plus jeune âge de dévisager les invertis dans la cour de récréation. Biscuit anal par excellence, il fut logiquement rebaptisé « Barquette – 3 châtons » dans les 2000’s. Un scandale passé quasiment inaperçu à l’heure de la sur communication.

15.Chamonix

Il y a des enfants dont on sait dès 7-8 ans qu’ils sont déjà vieux dans leurs têtes. Nous en avons tous connus. Ces enfants mangeront des « Chamonix » jusqu’au trépas.

Spéciale dédicace Bonus : Le Cake Pingouin

Sorti de l’esprit malade des ingénieurs de la société Verkade (l‘équivalent agroalimentaire des disques Carrère), les Pingouins étaient la pierre de taille, le monolithe kubrickien de la jeunesse française au milieu des années 80. En phase de schnockisation d’autant plus virulente, que les dits Pingouins ne sont plus commercialisés dans l’hexagone depuis des lustres. Pays de merde.

Texte : Christophe Ernault /Illustration : Claire Bissara-Barbe


Article paru dans Schnock n°1

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Schnock n°1 – Jean-Pierre Marielle

« Le travail ? Non merci. »

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